Front Populaire Ivoirien | Augustin Kouadio Komoé (opposition) crache ses vérités à Ouattara: « Aucune dictature ne peut résister à une quête populaire de liberté et de justice »
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AFFI : "Dans la forme, « le père de la démocratie ivoirienne » nous a fait vivre un scénario digne des dictatures du siècle passé"               AFFI : "Je voudrais au nom du FPI et à mon nom personnel souhaiter la bienvenue sur sa terre natale au Président Laurent GBAGBO"               En réponse à ma demande d'audience, à ma volonté de dialogue en vue de l'unité du Fpi, Laurent Gbagbo a choisi la rupture et la division (AFFI)              
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Augustin Kouadio Komoé (opposition) crache ses vérités à Ouattara: « Aucune dictature ne peut résister à une quête populaire de liberté et de justice »

Ancien ministre du régime de Laurent Gbagbo, Augustin Kouadio Komoé fait partie des cadres du Front populaire ivoirien (FPI) qui ont rejoint Pascal Affi N’Guessan pour la realpolitik. Modéré mais incisif lorsqu’il s’agit de dénoncer les tares du régime Ouattara, Augustin Kouadio Komoé reste tout de même un opposant civilisé. Il sait que la ‘’brutalité avec laquelle le régime (Ouattara) agit et son aversion pour la démocratie le condamnent à disparaître et à faire place à la seule alternative crédible aujourd’hui que représente le FPI’’. Interview avec un homme policé mais cru.

Le FPI d’Affi N’Guessan est en campagne contre le projet de la nouvelle constitution.  Que reprochez-vous concrètement à ce projet?

Il n’y a pas de FPI d’Affi N’Guessan. Il y a un FPI dont le Président est Affi N’Guessan et qui est à l’avant-garde de la lutte pour une Côte d’Ivoire plus démocratique et prospère au service de tous ses citoyens.La poursuite de cet idéal nous oblige à prendre nos responsabilités à ce moment charnière de l’histoire de notre pays. En tant que démocrates, nous n’approuvons pas la démarche unilatérale et autocratique du Chef de l’Etat consistant à imposer une constitution aux Ivoiriens, au mépris des principes démocratiques et du bon sens qui impliquent la recherche du consensus. Bien plus que la forme, c’est le contenu même du projet de nouvelle constitution que nous trouvons dangereux et inutilement provocateur. Sur le plan des acquis démocratiques, ce projet ramène la Côte d’Ivoire en arrière en tentant maladroitement de ressusciter le parti unique qui a pourtant montré ses limites. Il suffit de parcourir le texte soumis au Parlement pour se rendre compte des absurdités qui y sont contenues et qui font peser de graves menaces sur la cohésion sociale et sur l’équilibre des pouvoirs dans un pays qui se remet difficilement de plusieurs années de crise. Pourquoi ce projet remet-il en cause le principe d’incompatibilité entre les fonctions de Président de la République et celles de chef de parti politique ? Pourquoi veut-il créer un Sénat pour en nommer le tiers de ses membres ? Quel est l’intérêt de la création d’un poste de vice-président qui suppléerait le Président de la République alors que le Président de l’Assemblée nationale joue déjà ce rôle ?  L'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminées, n’a point de Constitution». Le projet en cours est loin d’être une constitution d’un Etat moderne ou qui se veut comme tel. Il s’apparente plutôt à un règlement intérieur d’un parti politique soucieux de conserver le pouvoir et l’exercer au seul profit des ses membres. Nous ne sommes pas d’accord avec cette vision clanique et patrimonialiste du pouvoir d’Etat.

Que proposeriez-vous en lieu et place d’une nouvelle constitution ?

Le moindre qu’on puisse attendre du Chef d’un Etat défiguré par des crises à répétition depuis deux décennies, c’est de rassembler et non de diviser. Rassembler c’est d’abord chercher à apaiser les cœurs meurtris à travers un processus de réconciliation sincère. Evidemment, cela est incompatible avec les emprisonnements d’opposants politiques, la contrainte d’Ivoiriens à l’exil, la mise à l’écart des cadres issus de l’opposition, le rattrapage ethnique et la gestion patrimoniale de l’Etat. Rassembler, c’est associer tous les Ivoiriens à toutes initiatives tendant à doter la Côte d’Ivoire d’institutions fortes et crédibles au service de tous. Ce que les Ivoiriens attendent du Chef de l’Etat c’est d’œuvrer à la cohésion nationale en posant des actes qui rassemblent. La constitution d’un pays doit résulter d’un consensus autour de valeurs communes comprises et acceptées de tous. C’est un contrat par lequel les citoyens d’un pays déterminent la façon dont ils entendent vivre ensemble. Ce consensus doit être organisé pour que l’acte qui en sortira ne soit pas source de contestations et de division. Nous sommes pour une révision de la constitution de 2000 qui demeure le rempart des acquis démocratiques de plusieurs années de lutte. On peut concéder qu’à l’épreuve du temps et des circonstances cette constitution puisse faire l’objet de révision allant dans le sens du renforcement de la démocratie et de la cohésion nationale. C’est le cas notamment de l’article 35 actuel sur les conditions d’éligibilité à la présidence de la République que les participants de la table ronde de Linas Marcoussis avaient convenu de modifier. Tout projet de nouvelle constitution doit emprunter une démarche consensuelle et méthodique. C’est ensemble que nous devons faire le constat de la nécessité de changer de constitution. C’est également ensemble que nous devons déterminer les problèmes qu’une nouvelle constitution vient résoudre ainsi que les moyens qu’elle entend utiliser à cette fin.

La nouvelle constitution va voir sauter le verrou sur la limite d’âge, la création d’un poste de vice-président et d’un Sénat. Que vous inspirent ces nouvelles dispositions ?

J’ai indiqué plus haut que je ne vois pas l’intérêt de ces nouvelles dispositions pour la Côte d’Ivoire et pour les Ivoiriens. Sans doute que les initiateurs du projet de nouvelle constitution sont soucieux de promouvoir un ordre gérontocratique encombrant et inhibiteur d’initiatives porteuses de progrès. On voit bien que les trois dispositions que vous citez servent la cause du RHDP englué dans ses propres contradictions et qui veut instrumentaliser la constitution pour espérer en sortir. Ces dispositions enlèvent tout crédit à ce projet qui révèle l’état d’esprit de ses initiateurs. Tout se passe comme s’il s’agissait d’un testament familial pour anticiper les conflits de partage du pouvoir et des ressources du pays entre membres d’un clan et au détriment des autres Ivoiriens. Un Etat moderne ne se gère pas de cette façon. On ne peut pas utiliser la norme fondamentale d’un pays à des fins personnelles comme dans une monarchie dynastie. Notre perception de la politique est aux antipodes de ce que le pouvoir actuel nous sert. Nous voulons  promouvoir une société fondée sur plus de démocratie politique et de transparence dans la gestion de la chose publique.

Avec ces nouvelles dispositions, ne pensez-vous pas que le retour du FPI au pouvoir, pourrait se compliquer davantage ?

Il est évident que les dirigeants actuels agissent dans le seul but de conserver le pouvoir le plus longtemps possible pour mieux se servir en hypothéquant l’avenir de plusieurs générations d’Ivoiriens.  Mais ce qu’ils oublient c’est qu’aucune dictature ne peut résister à une quête populaire de liberté et de justice. Le parti unique a bel et bien fait place au multipartisme en 1990, soit trente ans après l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Il est illusoire de croire que ce pays peut encore être gouverné durablement de façon autocratique en ignorant les aspirations profondes des Ivoiriens. Le Front Populaire Ivoirien et le peuple de Côte d’Ivoire s’opposeront à cette forfaiture pour éviter que le pays soit l’otage d’un groupe de personnes nostalgiques des temps anciens. La brutalité avec laquelle le régime agit et son aversion pour la démocratie le condamnent à disparaître et à faire place à la seule alternative crédible aujourd’hui que représente le FPI.

Le 30 octobre est la date du référendum constitutionnel. Que comptez-vous faire si le ‘’Oui’’ l’emportait ?

Le « oui » l’emporterait certainement dans la mesure où toutes les velléités de contestation ont été annihilées au sein même de la coalition au pouvoir. Dans un unanimisme digne des régimes dictatoriaux le projet de loi portant nouvelle constitution vient d’être adopté par un parlement monocolore et aux ordres. Comme à leur habitude, ils organiseront un simulacre de scrutin référendaire pour imposer aux Ivoiriens une constitution qui crée plus de problèmes qu’elle est censée en résoudre. La suppression du bulletin unique est révélatrice des intentions de fraude  qui animent ses auteurs. Le Chef de l’Etat ayant opposé une fin de non recevoir aux arguments que nous avons développés en faveur d’un processus inclusif et démocratique, d’une part, et constatant d’autre part que le projet adopté par les seuls députés du RHDP ne sert ni la cause de la Côte d’Ivoire ni celle des Ivoiriens, nous ne nous sentons pas concernés. Cette constitution taillée sur mesure connaîtra le sort qu’elle mérite dès que les Ivoiriens nous auront porté au pouvoir.

Vous êtes candidat aux élections législatives à Tankessé. Est-il aussi important pour votre parti, le FPI, d’avoir des députés au Parlement ?

Nous sommes foncièrement démocrates et nous pensons que le Parlement est le cadre idéal d’exercice de la démocratie. C’est avec un parlement représentatif des différentes sensibilités politiques que l’on donnera un sens à la démocratie. Notre jeune nation, multi ethnique et pluriconfessionnelle en construction, a besoin d’une telle institution pour sa stabilité et pour son développement. C’est pourquoi, malgré les tentatives pour nous en éloigner, nous nous battrons pour y être représentés. Cela est important pour la survie même du FPI, mais aussi pour la Côte d’Ivoire qui veut se hisser au rang des nations modernes. 

Comment expliquez-vous le refus des frondeurs d’accepter la main tendue d’Affi N’Guessan ?

C’est l’orgueil et la cécité politique qui expliquent l’attitude de nos camarades qui prolongent inutilement leur dissidence là où le bon sens commande de privilégier l’intérêt général afin d’éviter un suicide collectif.

Croyez-vous à un retour à l’unité du FPI un jour?

Dieu seul peut nous le dire ! Tout ce qui est humainement faisable est fait sans succès comme vous avez pu vous le constater. Ni le Président du parti, ni les autres membres de la direction et des personnes extérieures au FPI ne ménagent aucun effort en vue de l’unité de ce parti dont les Ivoiriens espèrent beaucoup.

Que vous inspire le procès de Laurent Gbagbo qui a cours actuellement avec la succession des témoins à la barre ?

Ce procès a lieu parce que nous avons été vaincus militairement à l’occasion de la crise postélectorale de 2010-2011. Tout naturellement, ceux qui nous ont vaincus appliquent leur justice en guise de vengeance. Avec du recul, je crois que  nombre de ceux qui ont fait déporter le Président Gbagbo à La Haye, le regrettent. En effet, c’est de façon quotidienne que des témoins à charge avouent leur impuissance à aider la CPI à condamner le Président Gbagbo. Pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique, ce procès n’aurait pas dû se tenir. La Côte d’Ivoire ne tire aucun avantage à voir un de ses plus illustres fils dans cette situation.

Sa libération est-elle possible un jour ?

Au vu de ce qui se passe à la CPI, la libération du Président Gbagbo est plus que possible, elle s’impose. Le droit ayant montré ses limites dans le cas d’espèce, toutes les initiatives à caractère politique et diplomatique devront  être engagées pour aboutir à une solution heureuse pour tous.

Source : http://www.linfodrome.com
David YALA