Front Populaire Ivoirien | PROPOS LIMINAIRES DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE LA PLATEFORME DES PARTIS POLITIQUES DE L’OPPOSITION
Flash Info
Le FPI invite ses militants à demeurer confiant et mobilisé dans l'attente des mots d'ordre du parti (SANGARE)               SANGARE : Le FPI demande l'ouverture d’un cadre d’échanges à l'ensemble des partis de l'opposition               Ll’OFFPI Condamne avec la plus grande fermeté, l’arrestation et la détention arbitraire du Président Pascal Affi N’guessan.              
Actualités » Discours » PROPOS LIMINAIRES DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE LA PLATEFORME DES PARTIS POLITIQUES DE L’OPPOSITION
PROPOS LIMINAIRES DE LA CONFERENCE DE PRESSE DE LA PLATEFORME DES PARTIS POLITIQUES DE L’OPPOSITION
Chers amis de la presse,
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Merci d’avoir répondu une fois encore à notre invitation en ces moments difficiles, mais cruciaux pour notre pays et nos concitoyens : la Côte d’Ivoire est face à son destin.
Le jeudi 15 octobre 2020, le Président Henri Konan Bédié et moi-même avons animé un point de presse pour lancer la phase active du mot d’ordre de désobéissance civile, monsieur Alassane Ouattara étant sourd à nos appels au dialogue.
Cette phase vise à :
- Empêcher le convoyage et la distribution de tout matériel électoral ;
- empêcher l’affichage électoral ;
- empêcher les meetings de campagne ;
- empêcher la distribution et le retrait des cartes d’électeurs ;
- manifester dans les formes et par tous moyens légaux notre opposition au double coup d’Etat constitutionnel et électoral que monsieur Ouattara s’apprête à perpétrer.
Six (6) jours après, il était indiqué de vous convier à cette conférence de presse afin de faire ensemble le bilan de l’évolution de la crise électorale en Côte d’Ivoire. Nous passerons en revue l’évolution des évènements sur le terrain et des initiatives diplomatiques des missions internationales dans notre pays.
1 - DEROULEMENT DU MOT D’ORDRE DE DESOBEISSANCE CIVILE
Le mot d’ordre du 15 octobre 2020, qui a été renforcé par la conférence de presse du vendredi 16 octobre 2020, a redynamisé le processus de désobéissance civile sur l’ensemble du territoire national.
Partout, les populations sont sorties massivement pour manifester leur opposition au double coup d’Etat constitutionnel et électoral :
- De nombreux axes routiers ont été obstrués pour empêcher le convoyage et la distribution de tout matériel électoral : à Dabou, Ouragahio, Daoukro, Bongouanou, Kotobi, Arrah, Bouaflé, Yakassé-Attobrou, Gagnoa, Guiberoua, Oumé, Bingerville, Sinfra, Bangolo, Grand-Lahou, Agnibilékro, Bonoua, Issia, Aboisso, Tankessé, Niablé, Prikro, Brobo, Botro, Diabo/Languibonou, Toumodi, Transua, Jacqueville, Agboville, Akoupé, Alépé, Divo, Duekoué, Grand-Zatri, Bédiala, Sikensi, Soubré, Bonoua, Ferké et dans les Communes d’Abidjan.
Dans toutes ces régions la distribution des cartes d’électeurs a été perturbée voire interrompue. Les sièges des Commissions Electorales Locales (CEL) ont été fermés. Dans 17 Départements au moins, les Autorités administratives ont dû délocaliser le stock des cartes d’électeurs dans les brigades de gendarmerie.
Ainsi, la quasi-totalité des Départements du pays sont désormais actifs dans la désobéissance civile avec des formes d’actions diverses.
Face au succès du mot d’ordre de désobéissance civile, Alassane Ouattara et son régime ont décidé de répondre par l’usage abusif disproportionné, illégal et illégitime de la violence.
Depuis quatre jours de nombreuses localités du pays ont pris des allures de champs de batailles et parfois de champs de ruine. C’est le cas de Bonoua, de Bongouanou, de Dabou et d’Abidjan-Cocody.
Des milices du régime équipées de machettes et d’armes à feu (kalachnikov et calibre 12) sont convoyées de manière méthodique et organisée dans des localités ciblées pour semer la mort et la désolation avec la complicité passive des forces de défense et de sécurité.
A Bonoua, nous en sommes à quatre (4) morts depuis le début des manifestations. Les destructions de biens matériels (commerce et transport) s’évaluent en centaines de millions de FCFA. La ville et toute la Région ressemblent à une zone de guerre.
A Bongouanou, le samedi 17 octobre 2020, les miliciens du régime ont fait trois (3) morts et de nombreux blessés. L’Institut d’Enseignement Général et Technique (IEGT) appartenant au Député-Maire FPI de la Commune a été pillé et incendié. Ma résidence a été incendiée. Plusieurs commerces appartenant à des militants et sympathisants de l’opposition ont été pillés ou incendiés, dont ceux des parents de la Ministre TEHUA Ama-Marie (PDCI-RDA) et du Député Maire (FPI). A l’heure actuelle toutes les voies d’accès aux Régions du Moronou, de l’Indennié-Djuablin, du Gontougo et de l’Iffou sont fermées à la circulation. Cela explique-t-il l’annulation du meeting de monsieur Ouattara à Bondoukou ?
A Dabou, les affrontements ont fait trois (3) morts et des dizaines de blessés à l’arme blanche et par balles. La résidence de monsieur Ben Souk, proche de monsieur SORO Guillaume, ancien Maire et actuel député de Dabou a été saccagée. De nombreux villages dont le village de Kpass sont à l’heure actuelle assiégés par des miliciens. La ferme de Mme SESS Hortense, une parente mariée dans le village a été pillée et incendiée sous le regard complice des Forces de l’ordre.
A Abidjan, plusieurs communes sont touchées par la désobéissance civile et les manifestations.
A la Riviera 2-Anono, la circulation a été fortement perturbée toute la journée du lundi 19 octobre 2020.
Des miliciens déployés sur le campus de Cocody ont été vigoureusement repoussés par les étudiants. Deux (2) d’entre eux ont été neutralisés et remis à la police, dont BAMBOU Gaoussou connu comme chef de guerre de la zone Abidjan-Sud pendant la crise de 2010-2011. Ce dernier appartiendrait à la milice du régime gérée par TENE Birahima Ouattara dit ‘’photocopie’’, le petit frère du Chef de l’Etat.
On a enregistré plusieurs blessés par balles à Niangon et à Adjamé.
Le pouvoir blesse, le pouvoir tue, le pouvoir détruit. Dans de nombreuses localités le régime tente de provoquer des affrontements inter-ethniques en dressant les communautés les unes contre les autres. Il prend le risque de déclencher une guerre entre les fils de ce pays qui n’aspirent qu’à vivre en paix et en harmonie. Il répond à notre combat légitime et pacifique par une répression éperdue, une fuite en avant de plus en plus meurtrière et de plus en plus solitaire.
Notre pays est désormais sur le point de basculer, de sombrer et il ne faut pas s’y tromper : au-delà de nous, c’est toute la sous-région qui se trouverait fragilisée.
A la suite du président Henri Konan Bédié, je lance un appel à l’Organisation des Nations-Unies. Votre médiation est indispensable pour renouer le dialogue avec un pouvoir sourd aux appels à la raison, aveugle aux douleurs infligées à son peuple.
Je lui demande instamment d’être résolument aux côtés du peuple ivoirien afin d’arrêter au plus vite ce processus électoral mortifère, le plan d’extermination d’Alassane Ouattara afin d’instaurer le dialogue que nous réclamons, pour mettre fin aux violences et aux morts.
2 – Missions de diplomatie préventive de la CEDEAO
Ayant pris la mesure de la menace à la paix et à la stabilité de la Côte d’Ivoire et de toute la Sous-région que constitue la tentative de coup d’Etat constitutionnel et électoral d’Alassane Ouattara, la CEDEAO à la demande du président Henri Konan Bédié a conduit du 17 au 19 octobre 2020, une mission de diplomatie préventive. Selon le communiqué final de la mission, « le but de cette mission ministérielle était donc de poursuivre les engagements avec les principales parties prenantes dans le processus électoral notamment les candidats à l’élection présidentielle afin d’assurer l’inclusivité, la transparence et la crédibilité du processus afin de maintenir la paix et la stabilité avant, pendant et après l’élection présidentielle prévue ». La mission était conduite par Son Excellence, Shirley Ayorkor BOTCHWEY Ministre des Affaires Etrangères et de l’intégration régionale de la République du Ghana et présidente du Conseil des Ministres de la CEDEAO. Elle était accompagnée du général Francis A. Béhanzin, commissaire aux Affaires Politiques, paix et sécurité de la CEDEAO.
La mission a eu des rencontres avec les différents candidats. Elle a eu une séance de travail avec le président Henri Konan Bédié et moi-même, au cours de laquelle les revendications de l’opposition politique lui ont été réitérées, le dimanche 18 octobre 2020, à 12 heures 25 minutes à la résidence du président Henri Konan Bédié
Ces revendications portent sur plusieurs points :
- La reforme de la Commission électorale indépendante (Cei)
- Le Conseil constitutionnel qu’il faut reformer totalement
Le dimanche 18 octobre 2020, à 12 heures 25 minutes à la résidence du président Henri Konan Bédié- La candidature à un troisième mandat de monsieur Alassane Ouattara qu’il faut retirer
- Le rejet de plusieurs candidatures ; au total quarante (40) candidatures sur quarante-quatre sur des bases que nous contestons, parce que nous les considérons comme opaque et illégales
- La réinscription sur la liste des candidats du président Laurent Gbagbo et du premier ministre Soro Guillaume afin que légitimement ils puissent participer à ce processus électoral. A ces revendications, lorsque nous avons rencontré cette mission, nous avons ajouté le report de l’élection présidentielle, quelque soit l’issue qui serait réservée aux précédentes revendications ; même s’il y avait un accord sur l’ensemble de ces revendications, il fallait que l’élection soit reporter afin de garantir un scrutin équitable et apaisé.
A l’issu de nos échanges, la mission a réaffirmé son mandat de facilitateur dans la crise ivoirienne et nous a assuré de porter ces revendications à la partie adverse et de nous informer en retour de la suite qui serait donnée.
C’est donc avec beaucoup de surprises que nous avons noté le lundi 19 octobre 2020, que la délégation avait quitté le pays et produit un communiqué final qui se borne :
- à « noter la persistance des points de divergence relatifs au processus électoral, notamment la plainte du PDCI-RDA et le FPI au sujet de la faible représentation des partis politiques de l’opposition au sein de la Commission Indépendante Electorale (CEI) (point 7) »;
- à « observer la méfiance persistante des candidats et acteurs politiques à entreprendre des initiatives de dialogue constructifs…. (Point 8)» ;
- à « exhorter les candidats à l’élection présidentielle ainsi que les partis politiques à faire des efforts afin de parvenir à un accord concernant les élections (point 9) »
- à « réitérer son appel à la CEI pour qu’elle poursuivre ses réunions avec les différents candidats (point 10) »
- à « condamner les actes récents de violence et appeler toute partie à faire preuve de maximum de retenue » ;
- à « exhorter les autorités compétentes à inviter les forces de sécurité à rester neutres impartiales et professionnelles dans l’exercice de leur fonction et appeler tous les candidats à faire preuve de tolérance et à éviter des propos incendiaires et des discours haineux…. (point 13) ».
Ainsi donc, cette mission, contrairement à nos aspirations, à nos attentes que la Cedeao pourrait nous permettre d’avancer, cette mission a marqué une sorte d’impuissance face aux revendications de l’opposition et une sorte d’impuissance à mener le Chef de l’Etat et sa coalition politique à faire des concessions. On peut considérer que la mission a été sanctionnée par un échec et que le problème reste entier dans la mesure où la Cedeao nous renvoie dos à dos et nous dit de nous débrouiller pour trouver une solution à notre crise.
Je voudrais au nom de la plateforme, toutefois, nous féliciter de cette médiation et remercier le président Akufor Addo de la diligence avec laquelle il a répondu à la sollicitation du président Henri Konan Bédié et de son engagement en faveur d’une solution à la crise. Mais lui indiquer par la même occasion que la délégation qu’il a envoyée ici en Côte d’Ivoire n’a pas rempli la mission que lui-même et le peuple ivoirien attendaient d’elle. Nous notons donc l’échec de cette mission et nous déplorons l’attitude de la chef de mission qui n’a pas osé nous rencontrer comme elle l’avait promis pour nous porter la réponse du gouvernement, relativement aux revendications qu’elle était censée porter à la partie adverse. Nous réitérons notre disponibilité et notre ouverture à la négociation et à la facilitation internationale, et pourront réaffirmer que nous ne serons ouvert à ces négociations que dans un cadre de facilitation internationale. Parce que je dois ajouter, qu’avant de quitter la Côte d’Ivoire, madame la ministre a dépêché des émissaires pour nous signifier que le gouvernement était ouvert, et si nous étions invités à un dialogue, d’y répondre favorablement. Nous avons répondu aux émissaires que nous étions ouvert au dialogue, mais dans le respect de la facilitation internationale.
L’invitation qui a été adressée aux partis politiques et aux candidats pour une rencontre ce matin, rencontre qui a été reportée cet après-midi, ne nous concernerait que si cette invitation s’inscrit dans le cadre de la facilitation internationale et si elle est convoquée, elle est adressée par la Cedeao ou tout autre organisation internationale, sous l’égide des Nations-Unies. L’opposition politique et les candidats Henri Konan Bédié et Affi N’Guessan, ne sauraient participer à une rencontre sous la présidence d’un quelconque membre du gouvernement de la Côte d’Ivoire. Nous voudrions rappeler au président Akufor Addo que nous sommes toujours ouverts. Et lui demander de prendre toutes les dispositions pour qu’une mission véritablement engagée en faveur de la résolution de la crise ivoirienne nous soit adressée dans le cadre de la Cedeao ou dans le cadre de l’Union Africaine. Le président Henri Konan Bédié à déjà saisi le Secrétaire général des Nations-Unies, nous savons que tout ce qui est fait au niveau régional est suivi par les Nations-Unies, nous voudrons demander au Secrétaire général de peser de tout son poids afin que les organisations régionales qui sont chargées en premier ressort de mener des médiations, soit des organisations performantes, efficaces, qui permettent à la communauté internationale de trouver avec les acteurs politiques ivoiriens une solution rapide à cette crise qui a déjà causé de graves dommages à la cohésion sociale et au peuple de Côte d’Ivoire.
Ceci dit, je voudrais adresser au nom des partis politiques et du président Henri Konan Bédié nos condoléances les plus attristées à toutes les familles qui ont eu à subir les atrocités que j’ai énoncées tout à l’heure et qui ont connu des morts au cours de cette courte période. Notre compassion à toutes les familles endeuillées, nos sentiments de prompte rétablissement à tous les blessés, notre solidarité à tous nos militants qui ont été arrêtés au cours de ces derniers jours. Qu’ils soient rassurés que nous sommes en action pour faire en sorte qu’ils recouvrent le plus rapidement possible la liberté.
Je voudrais lancer au nom de la plateforme, un appel solennel à nos militants de rester mobiliser, de rester déterminé, de rester actif dans la désobéissance civile, parce qu’elle continue, elle doit s’intensifier de façon pacifique de manière à contraindre monsieur Alassane Ouattara à mettre fin au coup d’Etat constitutionnel électoral qu’il s’apprête à perpétrer.
Je vous remercie
Abidjan le 21 Octobre 2020
AFFI N’Guessan Pascal,
Porte-parole de la plateforme de l’Opposition