Front Populaire Ivoirien | JEUX DE LA FRANCOPHONIE : Entre Complicité et mépris des dirigeants politiques
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JEUX DE LA FRANCOPHONIE : Entre Complicité et mépris des dirigeants politiques

​Nous nous interrogions, il y a quelques mois en arrière, sur les enjeux véritables de la Francophonie : cette hydre culturelle, opportunisme historique et stratégie impérialiste visant à contrôler une aire géographique bâtie depuis la colonisation. En effet, arguant la communauté linguistique, des traits communs d’un passé – histoire récente -, qui auraient été construits ensemble et, l’impérieuse nécessité de recourir à une solidarité existentielle, entre fils de ce passé, la Métropole et ses affidés ont eu l’heureuse initiative de mettre en place cet autre instrument de l’exploitation de la condition nègre.

​En effet, véritable instrumentum d’impérialisme, la Francophonie se pare d’une mission de rédemption à l’échelle des peuples qui ont en commun, l’usage de la langue française. Cette identité empruntée et/ou héritée de la colonisation est une empreinte distinctive de race, voire de classification au sein d’une humanité en pleines crises, où les récifs « génétiques » apparaissent comme un atout de grand prix. Le frère d’hier, assisté pour parvenir à une condition satisfaisante, mérite d’être associé dans le combat social et historique où s’inscrivent les lueurs de son devenir. Conçue depuis le sommet (la France-Nation-Mère), cette organisation est l’écho des voix de la condescendance du maître face à ses sujets. Elle est si bien ordonnancée qu’elle se prolonge dans une activité-relai qu’assurent, avec la plus grande dextérité, ses représentants, dont la Secrétaire générale, apparaît comme le coryphée. 

C’est elle qui scande à chaque  moment – aux dates anniversaires du 20 Mars, notamment -, les mots d’ordre enrobés du vernis de la solidarité à l’échelle de toute la communauté linguistique ainsi isolée par l’histoire. Cette amplification des consignes du maître, régule le fonctionnement de la francophonie, dont le sceptre est détenu sous une forme miniaturisée par chacun des chefs d’Etat, ainsi que les gouvernements rattachés au cordon ombilical. Le mode de répercussion le plus élaboré de cette culture collective d’identité commune, est certainement, les jeux de la Francophonie. Entre manifestation ou culte de liens historiques, loisirs et compétitions sportives, exaltation de génies individuel et collectif, se disséminent des enjeux d’un autre ordre qui découleraient des dividendes engendrés par ces jeux.     

​– Quel sens donné aux jeux de la Francophonie en Côte d’Ivoire ?

​L’incessant retour sur les récents évènements de la survenue du conflit en Côte d’Ivoire, est un indicateur privilégié pour contextualiser avantageusement nos propos. Il est à retenir, en effet, que ce pays connaît depuis près de deux décennies, les pires tragédies de son histoire. La classe politique au pouvoir actuellement, a estimé que, bafouée dans ses intérêts, rangés dans l’ordre clanique et ethnocentrique – la charte du nord -, elle devait revendiquer et obtenir le pouvoir d’Etat par tout moyen. Y compris la violence qu’elle a servie à profusion et par laquelle elle a pris et contrôle le pouvoir d’Etat. Cette accession au pouvoir à laquelle conglomérats d’intérêts économiques, loges politiques et de sociétés secrètes ont participé, continue de perturber ce que nombre d’Ivoiriens ont, naïvement, considéré comme relevant du légitime ou du bon sens, de la morale et de l’orthodoxie politique – par rapport à une vision faussement éthique de la politique. L’écrivain congolais Sony Labou Tansi parlerait  de séance qui aura « déviergé » l’Ivoirien moyen, soumis aux affres d’une existence de prédominance alimentaire guidée par une naïveté au long cours.

​Les nombreuses pertes en vie humaine, les privations de droit des citoyens qu’exacerbent, tout en l’illustrant, la kyrielle d’emprisonnements sans cause, les exils forcés, les comptes bancaires d’hommes politiques bloqués, sont passés pour pertes et profits dans l’environnement ivoirien soumis au dictat de la gestion des intérêts privés. En tout état de cause, chaque pays, au sein de la Francophonie, est autonome pour régler ses propres problèmes, et ne doit guère souffrir l’ingérence des autres. Et la Côte d’Ivoire aura donné la preuve qu’en la matière, elle sait faire la part des choses ! Les fils indignes qui ont propagé le sang d’innocents Ivoiriens parce qu’ils avaient, et ont certainement toujours, le désir forcené d’accéder ou de conserver le pouvoir, sont là où ils doivent être : au frais. Et les dignes fils venus réparer exactions et torts injustement subis par les authentiques bâtisseurs de la Nation, non reconnus, qu’ils sont, ont leur place auprès du Père : dans sa félicité ! 

​L’humanité francophone est témoin et même acteur principal de cette odieuse option politique à la limite de la barbarie : véritable escroquerie morale des peuples de toute une nation. Mettre la Côte d’Ivoire sous cape, puis en lambeaux ; disperser ses fils ; les outrager dans les excès les plus intolérables, leur voler leurs biens et leur quiétude, les priver de leur dignité, faire planer sur la tête des Ivoiriens une violence et une cruauté que seuls le fascisme et le nazisme ont pu jamais imposer à l’humanité…et bénéficier du concours et de l’adoubement des autres citoyens de la même condition et du même cercle affectif et de raison, appellent bien d’interrogations.

Quelles peuvent être les valeurs minimales autour desquelles l’on forge la Francophonie ? L’homme, définit comme citoyen libre, jouissant de droits, assemblé en communauté de vie détentrice du pouvoir, peut-il être assujetti à des tortures d’une telle cruauté sans que l’on n’ait, même, le pouvoir de dénoncer ou de remettre cela en cause ? Qu’ils sont bien loin de nous les principes démocratiques dont les fondements théoriques et la manifestation en société, ont occasionné de si lourds sacrifices aux nombreuses générations d’ancêtres disparus dans la gloire !

Quels objectifs de réalisation et d’accomplissement poursuit la Francophonie avec une telle complicité qu’elle continue d’entretenir, si ce n’est d’endosser avec les régimes dictatoriaux – à l’exemple de celui d’Abidjan - qui s’installent et prospèrent sous ses yeux, un rôle historique de destruction des jeunes nations en construction ?  Se soucie-t-elle un instant de l’avenir des nombreux enfants, jeunes et femmes fatalement victimes de ce rituel sacrificiel qui prend l’allure d’Auschwitz, ou d’une Shoa modernes ? 

​En Juillet 2017, l’on se suivra pour venir exposer des sportifs, en majorité jeunes, qui font partie de cette aire géographique que les nécessités d’une cause de récupération – comme indiqué dès l’entame de ce propos -, mais aussi, de réalisation, mettent ensemble pour compétir. L’illusion entretenue alors sera que ceux-ci partagent une communauté de vie et de destin, qu’ils forgent l’avenir ensemble, que les barrières de différences culturelles ne pourraient plus compter dans leurs relations… De nombreux discours d’hommes politiques viendront agrémenter ce mensonge ontologique qui obéit à cette voie de la culture chinoise qui dit « que la parole a été donnée à l’homme pour cacher sa pensée ». Ils encenseront tous les politiques grâce à qui, l’opportunité historique de cette rencontre aura été possible, se féliciteront de cette belle amitié que les peuples ont tôt fait de bâtir entre eux, et qui les unit si fièrement…

Ils construiront des châteaux en Espagne sur le dos des pauvres générations  pour lesquelles ils se vantent d’être engagés. Et leurs fronts brilleront sous l’éclat de ces mensonges auxquels ils ne croient même pas eux-mêmes…C’est ainsi qu’opère le cycle redoutable de la récupération des consciences des peuples par les politiques en Afrique, hélas ! Qui se souciera de faire un bilan de ces jeux, voire de ces promesses un jour ? Dès le lendemain même, si ce n’est le même jour, on refusera le visa à un de ces jeunes pour l’avenir duquel ces jeux ont été organisés, et pour qui l’on se sera tant gargarisé !

Le mensonge politique est l’une des plaies les plus purulentes dans le processus de décomposition et de déconfiture des sociétés - en Afrique, surtout. Le mensonge est érigé en art de vie : le plus pratiqué en Afrique par des hommes politiques. Et leur position dominante, le manque de respect pour le peuple, ainsi que la stratégie de camouflage qui les habitent, fait d’eux, d’excellents affabulateurs qui tournent les peuples en dérision, le long des années, sans s’attaquer aux problèmes réels et authentiques de développement. C’est comme cela que les peuples d’Afrique se sclérosent et s’étouffent sous la double férule de la Métropole et de ses garde-chiourmes. 

Ceux venus d’ailleurs vont les accompagner dans ce jeu macabre entretenu sur la dépouille mortelle des générations. Mais ils oublieront la douleur de nombreux Ivoiriens qui vivent chez eux comme à l’étranger. Ces Ivoiriens sans voix, qui ont perdu tout crédit et toute activité de valorisation parce qu’ils auront eu tort de ne pas faire de la politique dans le camp des hommes au pouvoir ; parce qu’ils n’ont pas eu la chance de parler la langue, encore moins d’appartenir à la culture de ceux que la charte du nord appelait à l’union, de ne pas aller et revenir de leurs lieux de culte qui rassemblent, tout en amplifiant, cette communauté de destin et d’intérêts…Le pays tout entier est passé aux mains d’un guide d’inspiration ethniciste dont le réflexe le plus banal consiste à claniser le pouvoir et à domestiquer ses ressources pour les engagements, besoins et soupirs privés des siens – politique autrement appelé rattrapage.

Bref, ces bienheureux qui sont engagés comme officiels pendant ces jeux vont gloser dans les lieux communs d’une diplomatie menteuse à souhait, qui n’a que faire des scrupules et des souffrances, et qui joue dangereusement avec les vies  de millions de personnes bannies pour leur origine ; rejetées pour leur appartenance idéologique et soumises à une dictature pendante et anthropophagique que régulent l’ethnicisme, le népotisme, la gabegie, la torture, le vol organisé… et la discrimination. 

Voici les liens pernicieux, complices et cancérigènes dans lesquels la Francophonie, en célébration dans les mois à venir en terre ivoirienne,  maintient des millions de vie dans ce pays, mais aussi et surtout, en Afrique francophone !